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dimanche 17 janvier 2021

La diagonale du fou (première partie)

 Cette fois, il n’y a pas de roman sur lequel est basé le film sujet de ma chronique mais on peut honnêtement écrire que ce film, sorti en 1984, est tiré d'«une histoire vraie» puisqu’il s’appuie fortement sur les deux affrontements entre Viktor Korchnoï et Anatoly Karpov de 1978 et 1981 pour le titre de champion du monde. Bien entendu, l’imagination et la patte du réalisateur sont passées par là et il y a des inversions en miroir entre la réalité et la fiction. Rappelons que V. Korchnoï était le « vieux loup » des échiquiers et le challenger du titre (en 1981), apatride un temps après avoir fui l’union soviétique, dont la femme et le fils étaient retenus en otages en URSS, tandis que A. Karpov était le jeunot de l’histoire, avec 20 ans de moins que Korchnoï. Il bénéficiait d’un soutien sans faille de l’URSS et détenait le titre mondial en 1981. Dans le film, en revanche, l’exilé est le jeune loup aux dents longues, Pavius Fromm (joué par Alexandre Arbatt, qui connaissait bien la question, ayant lui-même fui l’URSS), tandis que le champion du monde soutenu par le régime soviétique est le vieux Akiva Liebskind (joué par Michel Piccoli).

J’ai adoré ce film à sa sortie et je l’ai revu avec très grand plaisir et beaucoup d’émotion pour cette chronique. J’avais spécialement en mémoire deux scènes qui m’avaient enchantée : Akiva Liebskind expliquant, preuve à l’appui, qu’il est sourd et la dernière scène du film, que je ne vous dévoilerai évidemment pas. Contrairement à ce qui arrive souvent, j’ai retrouvé le souvenir intact et nullement faussé.

Revenons un moment sur les liens entre la réalité et la fiction. Dans le film, l’évasion du cardiologue est très proche de la demande d’asile de V. Korchnoi. L’emploi de parapsychologue lors du tournoi correspond à la réalité du match de 1978 à Baguio et, de façon plus générale, tout ce qui a trait à l’opposition entre les blocs est et ouest se nourrit de la réalité politique du temps, apportant une dimension supplémentaire au film, qui plaira même aux non joueurs d’échecs. Au contraire, la partie technique des parties d’échecs est plus discutable. Je ne suis pas sûre que l’épisode du mat en 7 coups que le jeune Fromm ne voit pas alors que son adversaire se croit perdu soit crédible au niveau du championnat du monde, même si cette idée se retrouve dans un film que vous pouvez éviter de voir, « Face à face » de 1992, (avec Christophe Lambert plus crédible en highlander immortel qu’en joueur d’échecs ratant un mat en 5 coups). Notons une fin de partie que l’on peut suivre à son aise et dont voici la position de départ, avec l’invite : « les noirs jouent et gagnent »:

C’est la 8ème partie, qui se conclut par la victoire de Liebskind-Piccoli-les noirs, égalisant à 3 partout.


solution du film : 1. ... Dxh3 +

2. Rxh3    TxT +

3. DxT Cf4 regagne la dame et termine avec deux pions liés de plus


La prochaine fois (date inconnue), je vous parlerai des bonus offerts sur le DVD. 

vendredi 15 janvier 2021

Retrouvez ci dessous ou avec le lien la dernière annonce en date de la FFE :

 A la suite des annonces du gouvernement ce jeudi 14 janvier (activités sportives et physiques extrascolaires interdites), les cours pour les jeunes sont suspendus à compter de ce samedi 16 janvier et jusqu'à nouvel ordre (pour une durée minimum de 15 jours) dans les établissements scolaires et dans les clubs.


Par conséquent l'école d'échecs est fermée à partir de samedi matin 16 janvier. 

Les cours auront lieu en distanciel, comme précédemment. les enseignants contacteront les élèves et leurs parents.

prenez soin de vous. 

Report des championnats jeunes de l'Isère

 Suite aux déclarations du gouvernement d’hier soir, le championnat des jeunes ne pourra pas avoir lieu aux dates du 24 et 31 janvier.

La date du report est inconnue pour le moment..


Thierry Delelis-Fanien

lundi 11 janvier 2021

Protocole sanitaire

 Retrouvez ci-dessous l'annonce de la FFE et sur le lien: annonce FFE du 11 janvier 2021

La reprise de l'entraînement pour les mineurs est possible depuis le 15 décembre, dans le respect du protocole sanitaire que nous vous invitons à lire attentivement. Seule la reprise de l'entraînement pour les mineurs est autorisée. 

Les compétitions sont suspendues pour les jeunes jusqu'au 20 janvier 2021.

Les compétitions adultes sont suspendues jusqu'au 31 janvier 2021.

Nous communiquerons prochainement au sujet du nouveau calendrier des compétitions.

A l'Echiquier grenoblois, seuls les cours jeunes de l'Ecole d'Echecs ont lieu actuellement. 

Championnat des jeunes de l'Isère 2021

 Au vu des dernières décisions du protocole sanitaire (voir page d’accueil du site de la FFE),

 le championnat des jeunes aura bien lieu 

les 24 et 31 janvier 2021 à la salle Ambroise Croizat à Saint-Martin d’Hères

Naturellement, la situation peut évoluer. La prochaine étape est le 20 janvier 2021.

Cordialement,

Thierry DELELIS-FANIEN

mercredi 6 janvier 2021

La défense Loujine

 


Sous ce titre mystérieux et donc alléchant (qui connait une défense Loujine ?) se cachent un roman de Vladimir Nabokov, écrit en 1930 (en russe) et un film de Marleen Gorris, sorti en 2001. Se posent donc naturellement les questions de savoir si l’on préfère le film au livre, si le premier est le fidèle miroir du second ou si la réalisatrice a trahi ou non le romancier et si elle a eu raison ou non de le faire.

Disons-le tout de suite, le film, s’il est assez fidèle au roman au début s’en écarte beaucoup dans son dénouement puisque le film s’achève sur une victoire et le roman sur une défaite. Ainsi, il n’y a pas lieu de préférer l’un à l’autre et sous le même titre, vous avez deux histoires passablement différentes.

Toutefois, la vision du joueur d’échecs est similaire dans les deux cas, elle est donc celle de Nabokov : A très haut niveau, il est forcément fou, névrosé, désaxé. Sa force aux échecs découle pour une bonne part de son obsession pour le jeu, née d’un traumatisme. En cela, Alexandre Loujine ne diffère pas trop de Monsieur B., le joueur d’échecs inventé par Stefan Zweig dans son dernier roman, sobrement intitulé « le joueur d’échecs » et écrit entre 1938 et 1941. La folie du génie est un peu une tarte à la crème, au cinéma comme dans les romans (je pense en particulier à « Un homme d’exception », au cinéma) mais ce qui est très intéressant dans le livre de Nabokov et qui est conservé dans le film, c'est qu'Alexandre Loujine, enfant prodige des échecs, n'est, à l'âge adulte, et selon l'opinion de celui qui fut son mentor et son entraineur pendant ses années d'apprentissage, qu'un second couteau, un suiveur, pas un champion du monde en puissance… Bref, un raté, d’une certaine façon. Cette opinion saura certainement vous surprendre, vous offusquer ou vous choquer et ce pourrait être une bonne façon de vous inciter à lire le roman et/ou à visionner le film.

Dans le livre, j’ai aimé la façon dont se développe la folie de Loujine, comment des événements insignifiants ébranlent peu à peu sa raison et comment sur des prémisses fausses, il bâtit un raisonnement logique. J’ai beaucoup aimé aussi la description de la partie entre Loujine et Turati et je pense qu’elle parlera profondément à tous les joueurs d’échecs. Dans le film, en revanche, ne vous attendez pas à trouver de superbes positions dignes d’un championnat du monde mais vous apprécierez certainement le charme désuet, plutôt bien retranscrit en images, des échecs du début des années trente, avec pendules mécaniques, ajournement des parties de championnat et tournois d’amateurs dans les cafés. J’ai aimé aussi le soin apporté aux décors et aux costumes et le caractère du personnage féminin, bien plus lumineux dans le film que dans le roman.

Ainsi, le roman est noir et le film blanc, les deux couleurs des 64 cases de ce jeu éternel.




Prochaine analyse : "La diagonale du fou". Date de parution non fixée pour le moment.